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ADÉLAÏDE PERRIN ET JR

INSIDE OUT PROJECT

©Danielle Stéphane

Créée au début du XIXe siècle par Adélaïde Perrin demoiselle de bonne famille lyonnaise, l’association éponyme fête son deux centième anniversaire en 2019.
L’objectif de la créatrice consistait à “recevoir, soulager et entretenir” les fillettes et les jeunes filles dont les parents ne savaient que faire : les “attardées”, les infirmes, les filles-mères et autres dévergondées, toutes définies comme “jeunes filles incurables”.
Le vocable affichait le caractère désespéré de leur état et sous-entendait qu’elles ne sortiraient jamais de l’établissement.

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Le vocable affichait le caractère désespéré de leur état et sous-entendait qu’elles ne sortiraient jamais de l’établissement. Dans sa grande et belle maison du quartier d’Ainay étaient donc logées, nourries, blanchies les jeunes femmes internées qui, en échange de leur entretien, participaient aux tâches de la maison. Le confort était minime et les finances, la nourriture, le mobilier… venaient des restes de la fortune de la directrice et de bienfaiteurs divers. Le livre de Sylvie Callet(1) sur les débuts de la Maison montre la dureté du régime auquel étaient soumises ces enfants et ces femmes abandonnées par leurs familles.

L’évolution de la vie avec celle des mentalités a transformé la structure. Devenue association, l’œuvre d’Adélaïde Perrin est aujourd’hui un établissement de pointe par ses méthodes et son confort en harmonie avec les politiques européennes. Elle accueille des personnes handicapées mentales et psychiques adultes des deux sexes, avec ou sans troubles associés. Elle a mis en place des dispositifs innovants dans un souci d’amélioration continue et elle affirme comme des valeurs à défendre l’humanisation des conditions de vie, la dignité, le respect de la personne, l’entraide, la valorisation des capacités de chacun par l’encouragement à la prise de responsabilité. Son but est d’offrir à chaque résident la possibilité d’un développement personnel et d’une participation sociale. Ce qui implique une facilitation de l’accès aux soins médicaux, au logement, au travail, à la vie citoyenne, aux pratiques religieuses si la personne le désire, aux loisirs, à la création, aux médias, à la culture et à la connaissance ; ainsi qu’un soutien individuel dans l’exercice des droits citoyens et dans la vie relationnelle, familiale, affective et sexuelle.


Hommes et femmes de tous âges résident dans les différents établissements qui composent l’ensemble - rue Jarente dans le deuxième arrondissement de Lyon, à la Confluence et à Vénissieux - répartis en foyers de vie, foyers d’hébergement, foyers d’accueil médicalisé, foyers de vie pour personnes handicapées vieillissantes ou âgées. Deux cents personnes sont actuellement accueillies sur les trois sites.

Adélaïde Perrin fête donc ses deux cents ans d’existence et dans ce cadre elle a choisi de bâtir un projet d’art urbain avec l’équipe de l’artiste JR : Inside Out Project. Quelques mots au sujet de cette action :
Le 2 mars 2011, après avoir gagné le prix TED à Long Beach en Californie, JR lanceun projet d’art participatif et global, avec comme objectif de “changer le monde”. Ce projet, à échelle internationale, est appelé Inside Out et il donne à chacun, ayant formé un groupe, l’opportunité de partager les portraits des membres du groupe et de faire passer le message qui lui tient à coeur. C’est une plateforme globale qui permet à tous de transformer un message personnel en œuvre d’art publique. Exception faite des messages de violence, de racisme ou d’extrémisme.


Les images numériques sont envoyées au studio Inside Out où elles sont imprimées en format poster (90 x 135 cm) et sont ensuite renvoyées aux responsables du groupe à qui revient la tâche de les coller à l’endroit de leur choix.
Chaque action Inside Out est documentée, archivée et publiée sur internet. Plus de 260 000 personnes ont déjà pris part au projet, dans 129 pays. Le projet a voyagé de l’Équateur jusqu’au Népal, du Mexique en Palestine, inspirant les actions de groupe sur de nombreux thèmes tels que l’espoir, le diversité, les violences sociales, le changement climatique…
L’objectif, ici, est de porter au quartier, à la ville, au monde, un message sur les valeurs défendues par l’association Adélaïde Perrin grâce à l’affichage de portraits sur les murs extérieurs du bâtiment de la rue Jarente. Ces portraits étant ceux des personnes qui se sont portées volontaires pour participer à cette action : résidents des différents établissements gérés par l’association, proches, membres du personnel.

(1) Les murs noirs. Sylvie Callet. Presses du Midi, 2015. Prix « Mention spéciale Handi-livres » décembre 2016