Réaction

PRENONS-LES AU MOT

« FAUX PROJETS ET FAUX PROPHÈTES »

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Une tribune, parue le 16 novembre dans l'Obs, s'inquiète des velléités de politique sécuritaire après la tuerie d'Arras et rappelait « la mission de l'école », à savoir « faire grandir les enfants, leur donner les repères et les outils dont ils ont besoin pour former leur personnalité et leur projet ». On croyait naïvement que l'école avait pour but d'aider les élèves à acquérir patiemment une culture afin de pouvoir un jour penser par eux-mêmes.

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Samuel Piquet (in Marianne du 23 au 29 novembre 2023 page 19)
transmis par Martian Ayme de Lyon, peintre & graveur

L'auteur de cette même tribune ajoutait ensuite que « l'école est aussi l'incarnation quotidienne du projet commun qui forme la Nation ». Après le fameux « tout est culture », désormais tout est projet : on voit fleurir des coordinateurs de projet ou des gestionnaires de projet, et on s'interroge même en entreprise sur la façon de développer une « culture projet ».

L'école n'échappe pas à cette mode car il est en effet devenu impossible de faire une sortie pédagogique sans rédiger au préalable un projet, même pour emmener ses élèves au musée. Quant aux collèges et aux lycées, ils ne sauraient exister sans un « projet d'établissement » digne de ce nom. Le verbe « projeter », issu de l'ancien français « porjecter », signifie certes « jeter au loin » et a donc pris au figuré le sens de « proposer un plan pour réaliser une idée ».

Mais l'emploi moderne du mot semble sans cesse suggérer que l'important est moins le projet que la faculté à en proposer. Ce n'est sans doute pas anodin si un certain candidat, en 2017, a hurlé « Parce que c'est notre projet ! » alors même qu'il restait très flou sur son programme.

Le mot d'ordre est toujours le même : il faut avancer, peu importe dans quelle direction et sans jamais envisager qu'il puisse parfois s'agir d'un retour en arrière.

Samuel PIQUET
(in Marianne du 23 au 29 novembre 2023 page 19)